Mardi 30 août 2005

FIN

Je suis de retour à Paris, où encore une fois, quelque chose d'imprévu m'arrive: Je suis rentré le 30 aout autour de 17h, et j'apprend en arrivant que je pars le lendemain pour un mois pour polytechnique sans remettre les pieds à Paris. J'aurai donc passé moins de 24h chez moi.

J'en profite donc pour fermer le blog, et remercier toutes les personnes qui m'ont suivi régulièrement jusqu'au bout, Eliane, Laure, Samuel, Babar, mes parents bien sur... De retour à Paris, j'organiserai sans doute un repas pour tout feter à la fois !

par Alexis Licht publié dans : alexontheroad
Lundi 29 août 2005
L'économie iranienne est viable, malgré le taux de chomage plutot élevé, la croissance est forte. Ceci est du à la balance pétrolière: le pays exporte du pétrole brut (contrairement à ce que j'ai dit auparavant) en grande quantité, et importe de l'essence, et ça rapporte énormement: pas de trous dans le budget, et les services rendus à la population sont nombreux: prix de l'essence au litre subventionné (6 centimes d'euros !), téléphones publics gratuits pour la ville même, service de santé compétent. Si les iraniens se plaignent de "problèmes économiques", le pays est en cours d'enrichissement global (et pas seulement au profit d'une petite élite): les classes moyennes ont des voitures neuves, ont beaucoup de tapis et partent en vacances à l'étranger tous les ans, contrairement à il y a dix ans. Si on voit peu de touristes iraniens dans nos pays, c'est qu'ils sont difficilement acceptés; la demande de visa pour les iraniens ne pose pas de problème pour l'état iranien. Les seuls accords commerciaux avec la CEE sont en discussion et sont au centre du problème nucléaire. Le réseau ferré est peu developpé et relie que 5-6 villes, spécialement Mashad qui est un lieu de pélerinage important pour les chiites.
Point de vue politique étrangère, c'est un autre problème. Israel et les USA sont vraiment les ennemis ouvert du régime, et dans une moindre mesure le Royaume uni. On trouve partout en vente des bouquins de propagande anti-USA. Pourtant, les Iraniens se sentent perses avant d'être musulmans. Le nationalisme perse est vraiment très fort, et qualifier un iranien "d'arabe" est insultant. La haine de l'arabe est elle aussi très forte, car il est ressenti comme le vieil envahisseur qui a détruit la culture perse (les arabes ayant détruit le deuxième empire perse, les Sassanides). La rancune est vieille mais présente, et elle dépasse la querelle sunnisme-chiisme. Les Chiites iraniens n'ont apparemment pas de haine contre les sunnites, mais la haine sunnite contre l'iranien est forte: les talibans tuaient à vue les iraniens (et ont d'ailleurs massacré tout le personnel d'ambassade). Les iraniens se sentent comme un peuple au passé glorieux, aux grandes lettres (poètes musulmans renommés): une sorte de fleur de la civilisation musulmanne; ils dénigrent ainsi les peuples arabes. Pourtant, ce rejet de l'arabe est supplanté par la haine du juif. L'existence de l'état israelien est senti comme une humiliation permanente, les juifs sont considerés comme des occupants sur le territoire islamique. Israel n'est pas reconnu comme état par l'Iran, pas d'ambassade, et sur les cartes, un seul gros pays: la Palestine, ayant pour capitale Jerusalem. Pour les USA, ce n'est pas le même problème. Il n'y a absolument pas de conflit occident contre orient; les Iraniens aiment la civilisation occidentale, respectent la chrétienté et nos coutumes. Ce qui n'est pas supporté, c'est la politique d'ingérence américaine au Moyen Orient, tout d'abord pour son soutien à Israel, mais aussi pour sa politique irakienne (depuis la guerre Iran-Irak). Mais là, il s'agit d'une haine envers le gouvernement américain. Je pense que la population fait la distinction entre le citoyen solitaire et son gouvernement, et un américain serait reçu comme moi. Pour les juifs, je suis moins sûr. Je me suis déclaré chrétien à toutes les personnes qui me demandaient ma confession, proches y compris. La non-religiosité est mal perçue.
Quant au système gouvernemental, tyrannique et ultra-religieux, il est detesté de la population, a une très grande majorité. Mais comme je l'ai fait remarquer auparavant, il y a une grande distance entre les lois votés et leur application. Si l'état est sensé être ultra-religieux, et les lois très conservatrices, la réalité de la rue est toute autre et les moeurs se libèrent peu à peu. La principale peur vient du nouveau président, qui pourrait changer les choses et rétablir l'état de droit religieux. Pourquoi ce gouffre entre la population et le régime n'a t'il toujours pas fait exploser le système ? Car nous sommes dans une période d'inter-génération; les plus de trente ans ont vécu sous le Schah et ne veulent plus revivre ça; mais ils sont des désabusés de la révolution: vu la tournure de la première, ils ne veulent se risquer à une autre. La jeune génération, si elle vit très mal le régime, est perdue: politiquement, comme l'ancienne génération, car si elle est sûre qu'elle ne veut pas le régime actuel, ne sait pas ce qu'elle voudrait à la place, et on ne peut se risquer à la révolte sans projets. Religieusement, car les jeunes cherchent la différence entre l'Islam du Coran, et celle préchée par le gouvernement, et si ils savent qu'elle existe, ne la trouvent pas forcement.
par Alexis Licht publié dans : alexontheroad
Lundi 29 août 2005

Je suis a... Istanbul. İl m'est arrive pleins de trucs, jai tape deux longs articles qui seront en ligne ce soir sur la fin de mon voyage iranien. Mais je me dois de me raconter ce qui marrive en ce moment.

Pour rentrer de Teheran vers Paris je dois changer davion a Istanbul. Mon sac etant gros, jai pris ma tente en bagage a main. Arrive a Istanbul, japprend que mon vol pour Paris est overbooke (plus de tickets que de place), je dois attendre six heures dans la zone de transit avec une francaise venant de Hamman. Jaide une senegalaise bloquee dans le terminal (elle na pas de visa pour sortir ni de billet pour sen aller), puis je ne sais quoi faire, je suis fatigue je nai pas dormi depuis 24h. Alors... jai monte ma tente dans le terminal de laeroport. Jai pas mal ete pris en photo, jen ai qqunes, puis une hotesse ma donne une entree pour un lieu de repos chic au dessus de la zone de transit, ou je suis en ce moment. Cest un truc que joublierai pas de sitot...

par Alexis Licht publié dans : alexontheroad
Lundi 29 août 2005
Parlons un peu du Farsi, la langue iranienne. Ce qui est vraiment très étrange, c'est que les iraniens n'ont pas les mêmes intonations que nous. Lorsque nous posons une question, la phrase n'a pas la même intonation que si nous la lisions sur un ton monotone; en Farsi, ces intonations sont vraiment très belles. De plus, la langue ne possède que peu de consonances agressives, comme nos P ou nos K: cela donne une langue vraiment chantante, et lorsque Ali Reza, le cousin d'Ali, parle, je me régale. Ali est un nom très répandu, mais ici, mon pote Ali ne s'appelle pas Ali: tout le monde l'appelle Amir Hassan, selon la volonté de sa mère à sa naissance. J'ai moi aussi pris l'habitude. Autres noms de la famille d'Ali: Leyla, la soeur d'Ali Reza, qui a deux petits enfants, Ali et Amir; Behnam, petit frère d'Ali Reza; Yassaman (Jasmine), la soeur d'Ali; Mothi, une tante d'Ali, célibataire marrante parlant anglais; Mariam, cousine jeune d'Ali; Saddath, mère de Mariam (tante d'Ali); Fourough, mère d'Ali Reza; Parichehr, la mère d'Ali; enfin Fatemeh, autre soeur d'Ali Reza, célibataire 25-30, avec qui je me suis spécialement bien entendu (elle a passé 4 ans à Vancouver pour étudier). Tout ce beau monde rejoint par Davoud (David), l'oncle d'Ali, célibataire bourru farceur à la grosse moustache, arrivé en voiture, atteignons en train le jeudi 25 Tabriz au matin. Le lendemain nous devons aller au mariage d'une autre cousine de Tabriz.
Tabriz est la grande ville de la partie ouest de l'Iran, capitâle de l'Azerbaïdjan géographique. Il existe un état s'appelant Azerbaïdjan, mais il s'agit d'une ancienne république soviétique ayant acquis son indépendance à la chute du mur: elle ne représente que la partie nord de la région au même nom. De plus Tabriz n'est pas loin de la Turquie: on y parle donc beaucoup plus facilement le turque ou l'azeri que le Farsi. Tabriz possède le plus grand bazar d'Iran: 3km de galeries. Le jeudi après-midi, je fais connaissance avec un oncle du coté paternel d'Ali vivant ici, il parle très bien français. Il s'est fait operé du coeur recemment, et se remet facilement. C'est l'occasion de parler système de santé: l'iranien est de performance moyenne (comme un peu partout: soins gratuits dans les hopitaux publics, mais attente et peu de confort; cliniques privés  performantes), mais il possède de très bon médecins (car très bonne université); cela explique le nombre de médecins iraniens en activité en France. Ali doit acheter des beaux vetements pour le mariage: nous allons faire du shopping avec la femme de son oncle et deux jeunes filles (j'arrète les liens de parenté, ça prend la tournure de Dallas), toutes les trois très pipelettes, et très bon public: dès que je prend la parole en français, elles éclatent de rire. Quant à moi, pour le mariage, je n'ai qu'une chemise moyenne, mon beau pantalon et une paire de baskets... Ali décide de dormir chez son oncle, je ne peux pas car mon liquide-lentilles est resté à l'appart. Je prend donc un taxi pour rentrer, vers une heure du mat. Horreur ! A l'arrivée, les portes du complexe résidentiel sont fermées. J'escalade la barrière, monte à l'appart et trouve l'oncle, qui était sensé m'accueillir, seul en train de ronfler, allongé au milieu du tapis du salon. Je le reveille, mais impossible de communiquer, il se rallonge et s'endort sur le sol. Bizarre car un lit de ma chambre est libre. J'apprendrai plus tard qu'il avait juste la flemme d'y aller. Au matin, il me reveille: nous sommes seuls dans l'appart. Les autres ont trouvé un appart en ville bien mieux et y ont déménagé le jour d'avant. L'oncle et moi prenons sa voiture, nous nous perdons en ville, et trouvons finalement. C'est un plus bel appart, mais nous sommes 14 pour 6 lits. Ce n'est pas un problème: les tapis ici sont vraiment confortable et on dort dessus comme sur un matelas. Nous allons dans l'aprem faire quelques courses, car je veux cuisiner français; je rentre dans une boutique, baraguinant ce que je sais, disant que je suis étranger. Il me répond alors: "Afghani ?". L'histoire fera rire tout le monde, spécialement Ali qui avait auparavant dit que je ressemblais à un fermier afghan avec mes habits turcs. Il faut dire que les iraniens ont leur "sous-peuple", leurs immigrants en mauvaise situation, comme les américains ont les mexicains et nous avons les maghrebins: les afghans. Ils forment la classe la plus pauvre en Iran, sont les victimes des blagues, des préjugés racistes (beaucoup plus virulents que les français), et des injustices policières. Je passe l'aprem à parler, jouer avec la famille, puis vint enfin l'heure fatidique du mariage...
Les hommes et les femmes sont séparés pendant les premières heures (seul le marié a le droit de se tenir parmi les femmes), ici les femmes étaient dans un autre quartier de la ville. J'ai honte de moi: tout le monde est en costard, et je suis en baskets. Pourtant, encore une fois, je suis accueilli en guest star: le père de la marié me prend tout de suite sous son aile et me parle beaucoup. L'oncle me présente à tout le monde (car tout le monde veut me serrer la main) comme un ami afghan de la famille; et tout le monde le croit ! J'ai beau leur repeter que je suis français, leur sortir "champagne-caviar-rendez vous-c'est la vie", le père de la marié me dit: "ici, on aime tout le monde, même les afghans !". Ali Reza me dit que si j'ai honte de moi, je n'ai qu'a dire que je viens d'un pays que je n'aime pas; je choisis le seul: l'Angleterre. Le père de la marié déclare tout de suite après: "nous on adore les français ! les seuls qu'on deteste en Europe, c'est les anglais." J'ai évité de peu la bourde.
Nous sommes assis dans un salon où l'éclairage est au gaz. Dingue, je n'avais jamais vu ça. Il faut dire que le gaz n'est vraiment pas cher en Iran (deuxième exportateur mondial), et lors de la guerre Iran-Irak, les Irakiens bombardaient les centrales électriques, on s'éclairait alors au gaz. Les hommes boivent... De l'alcool ! Un mélange que je reconnais être vodka-ananas. Ici, comme l'alcool est interdit, il arrive que l'on prenne de l'alcool de pharmacie et qu'on le coupe pour donner quelque chose avoisinant les 30°. Le mariage auquel je suis n'a rien de religieux... Puis nous prenons la voiture pour aller au restaurant. Je suis présenté à la mariée, très belle, je suis honoré; en fait, je me sens comme une délégation étrangère. Le repas a été fait par la famille de la mariée et est traditionnel: pourtant, pas de Kebab ! En effet le kebab est le plat principal, c'est un kebab d'un style inconnu au bataillon: viande hachée coupée d'oignons embrochée et cuite au feu, on la mange enlevée de la brochette. Mais bon, ici aussi le kebab change selon le restaurant; depuis Istanbul, j'ai appris à appeler tout repas de viande "kebab". Tout le monde vient me demander si c'est bon. Puis nous repartons vers une salle de danse. On y joue de la musique Arabe, Azeri, Perse, autant de danses différentes. Evidemment je me dois de danser: toute la famille d'Ali est assise à rigoler, tandis que tour à tour tous les danseurs viennent danser avec l'occidental, hommes et femmes. La mariée, son père et sa mère... La tradition qui m'a le plus surprise est le role de l'argent dans la cérémonie. Les spectateurs se lèvent et donnent de l'argent à ceux dont ils aiment la danse. Puis vient le tour des "cadeaux de noces", les gens vont tour à tour sur le dancefloor, des tas de billets verts à la main, tournent autour de la mariée en dansant et en lui posant dans les mains tous les billets. Impressionnant. Quand la mariée lache un billet, tout le mondese précipite  pour le ramasser, et le garde. On met de la techno et quelques iraniens se mettent à danser: extraordinaire, ils sont montés sur ressort et bougent dans tous les sens; si on dansait comme ça en France, on serait pris pour des guignols. Enfin le gateau est amené, et c'est le tour de la danse du couteau: la soeur de la mariée danse, le couteau à la main, autour du couple. Tout le monde lui donne de l'argent au passage, elle danse avec. Elle fait mine de donner le couteau au marié mais recule; enfin, il sort une liasse de billets, lui donne, et elle remet le couteau: on peut alors le manger. Choquant à raconter, cela l'était beaucoup moins à regarder.
A la fin de la soirée, je passe une demi-heure à dire au revoir à tout le monde, ce qui fait que toute la famille est partie laissant Ali et moi, croyant que nous étions déjà rentrés. Le père de la marié nous ramène en voiture, il est vraiment saoul... Je pars avec pas mal d'adresses: tout le monde veut que je vienne dormir chez lui. Encore une fois, l'hospitalité est extraordinaire, mais il ne faut pas la confondre avec le "Taarof", c'est à dire la bienséance, qui est très respectée ici. Au magasin, en taxi, au guichet... tous les vendeurs refusent d'être payés. Il faut alors insister trois fois, pour que le vendeur tende alors la main comme si de rien était. On doit toujours inviter les gens à diner ou déjeuner, qu'on les aime ou pas, et c'est à eux de refuser. Ca a d'ailleurs joué des tours avec les occidentaux qui partent parfois sans payer, où s'invitent à déjeuner.
Le samedi matin, je prépare une partie du p'tit déj à la famille, "à la française". Entre guillemets, car si la recette vient de France, je n'ai trouvé aucun ingrédient qui corresponde. J'ai fait des bananes flambées pas flambées (pas d'alcool) et du pain perdu avec du pain azeri (plat comme un crèpe !). De plus, le sucre iranien n'est pas raffiné comme le notre: il est très proche de l'état cristallin, dur et compact. Ca caramélise mal. Les femmes sont étonnées de me voir dans la cuisine (j'ai déjà insisté pendant tout le séjour pour mettre la table, débarasser, mais impossible): ici, ce sont les mères qui font tout, un homme ne met jamais les pieds dans la cuisine (même si le père d'Ali sait cuisiner). Et cela ne semble révolter que les femmes célibataires, Mothi et Fatemeh. Puis je pars visiter le bazar avec Ali Reza et Fatemeh; il n'a rien d'extraordinaire, si ce n'est sa taille. Ali et moi devont partir dans l'après-midi: les autres partent le lendemain, les trains étant complets. Les adieux sont durs: je me sentais, dans cette foule, comme faisant partie de la famille; je garde les adresses de tout le monde heureusement, et j'espère les revoir rapidement.
Même train luxueux, mêmes films à la télé. Dans le compartiment: deux étudiants en mathématiques iraniens. Discussion de quatre heures, swinguant entre les maths, la philo, la vie iranienne. Les deux étudiants ont formé une entreprise de software, et souhaitent à coté continuer leurs études, voir venir en France. A une heure du mat', le chef de wagon frappe à la porte et dit en Iranien: "la cabine d'à coté a entendu que vous étiez étrangers, ils veulent venir parler avec vous !" cinq personnes dans le couloir veulent parler avec moi. Dur d'être une star internationale... Nous arrivons dimanche 28 à la gare au matin, retrouvons le père d'Ali, qui n'était pas au mariage. Dormons la matinée et faisons notre dernier shopping dans l'apres-midi. Il est dimanche soir, je prend l'avion dans quelques heures et la fin du séjour en Iran approche; j'essaie de me rememorrer tout ce qui m'a été offert ici, toute l'hospitalité dont j'ai été bénéficiaire, la gentillesse des iraniens et de la famille Neishabouri, mais c'est déjà trop pour un seul homme.
par Alexis Licht publié dans : alexontheroad
Dimanche 28 août 2005
Dès Istanbul je me trouvais entouré d'iraniens: la compagnie de bus semblait exclusivement iranienne, et j'étais le seul étranger, d'abord trimballé puis chouchouté. J'eus de la chance d'avoir à côté de moi un anglophone avec qui je discutais les premières 24h. Son nom était Saïd, et son histoire est étrange. Il eut la chance d'avoir une bourse pour la belgique, et parlait un mélange d'anglais et de neerlandais (plus facile pour moi finalement, il comblait les mots compliqués avec des mots allemands). Il étudia 4 ans l'informatique à Anvers, puis revint dans son pays, et trouva un job de... fermier à Shiraz. C'est un exemple d'une autre crise que connait l'Iran: la montée du chomage (15% au niveau national). Nous nous arretames dans un parc d'attraction désaffecté, à l'ambiance mystique, et puis à la nuit tombante dans un endroit plus agréable où il y avait des lavabos; j'en profitais pour prendre ma brosse à dents et mon dentifrice. Voyant que j'étais le seul, je demandais à Saïd: "Vous brossez vous les dents en Iran ?" il me répond outré: "Bien sûr ! mais pas tous les jours..." Puis j'appris que j'étais sur le point de commettre un sacrilège car les lavabos étaient des bassins d'ablution: nous nous étions arretés à la mosquée pour la prière du soir.
Le passage de la frontière, le lendemain, fut encore une épreuve: un guichet pour 4 bus qui arrivent en même temps. On voyage en groupe de bus, le paysage est magique: une grande plaine deserte, entourée de montagnes grises et jaunes, une route très large mais pas goudronnée, de grands nuages de poussières dans notre trainée: avec les arrêts toutes les trois heures on se sent vraiment dans une caravane traversant le desert. Le poste frontière est au pied du mont Ararat, qui surplombe la vue; c'est la seule montagne qui a encore de la neige au mois d'aout, il domine toute la grande vallée. Au poste turc, tous les turques, suivis des iraniens passent en premier. Une fois toute les gens de mon bus passés, je me retrouve seul avec Saïd, qui a un problème de visa turc, à attendre que le guichettier veuille bien prendre mon passeport, alors que je suis devant son guichet et qu'il y a cent personnes derrière moi. Les douaniers turcs sont vraiment des connards, excusez moi de la grossièreté mais je suis chargé de haine. Se sentant les maîtres du poste frontière, ils se conduisent en roi. Le premier est très lent et passe son temps au téléphone. Un turc, qui attend comme nous et dont le douanier refuse de prendre le passeport, se plaint: le douanier fait l'offusquer, gueule, ferme sa fenètre sur nos mains et quitte le poste, suivi de 5 turcs qui le supplie pour les visas. attente de 20 minutes, un autre arrive. même chose: elitisme. Au bout d'un moment, un conducteur de bus frappe à la porte du guichet: il est pote du douanier, qui s'arrète de tamponner et discute dix bonnes minutes, sous mes yeux. Au bout des dix minutes, le conducteur sort un paquet de 40 passeports de son sac, apparemment ceux de son bus, et le douanier commence à les tamponner. Grognements dans la file d'attente: le douanier fait l'offusquer, nous ferme le guichet sur les mains. Attente. longue. Un autre douanier vient, et les turcs lui disent de me prendre en premier car j'attend depuis très longtemps. Il accepte. Je serai rester 2h30 au poste seul avec Saïd, que je ne reverrai plus: il n'aurai pas réussi à passer la frontière. J'arrive au poste iranien, apparemment c'est encore plus long, une grande partie des gens de mon bus y attendent encore. Le gardien regarde mon passeport: "Faransavi ! Wellcome to my country !", grand sourire, il me dit de le suivre. Je double toute la queue, rentre avec lui dans le guichet, il tamponne mon passeport et me propose de dejeuner avec lui. Durée d'attente: 2 minutes. Bienvenue en Iran.
Je commence avec le Lonely planet à apprendre le Farsi. Ali m'apprendra plus tard des rudiments de grammaire, c'est une langue assez abordable. Je commence à aller vers les gens de mon bus et leur dit quelques mots, ca marche: tout le monde vient me parler et me serrer la main avant a fin du voyage. Je rencontre Nadia, une jeune fille qui parle anglais et me fait la discussion; je dine avec eux le deuxième soir et je parle farsi avec sa mère: mon premier Kebab iranien, et pas mon dernier, c'est la base de l'alimentation ici. Je commets mon premier sacrilège: je vais aux toilettes (à la turque evidemment), et en ressortant me trouve nez à nez avec Nadia et sa mère qui poussent un cri; elles me montre un mot iranien (ecrit en caractères arabes bien sûr) sur le mur: c'était les toilettes pour femmes.
Arrivée à Téhéran très tôt le matin. Adieux à tous, Ali et son cousin, Ali Reza, viennent me chercher après un peu d'attente (un peu de stress...). Taxi, et arrivée chez Ali. Il habite dans un quartier qui fut construit uniquement pour les membres du ministère du commerce, là où travaille son père. Je suis un peu deçu: Ali habite en France à Colombes; je m'attendais en Iran à une grande résidence avec garde du corps et limousine. Si l'appartement est spacieux, ce n'est pas Byzance. Mais peu importe, je prefère car je suis au milieu de la famille ! Je rencontre le père, qui parle un bon français. Et je commence à percevoir l'hospitalité iranienne...
Visite au ministère dans le bureau du père: il me change mon argent à un taux favorable, me propose de garder mon passeport et me fait des photocopies, me propose d'appeler en France, nous reserve un hotel et un avion pour aller dans le sud... plus qu'une agence de voyage. Mais ce n'est rien comparé à la suite. Nous allons Ali, Ali Reza et moi faire quelques musées: un musée des statues, le musée national et le musée d'art islamique. Le second contient quelques pièces préislamiques interessantes (poteries du 5eme millenaire avant JC). C'est aussi le premier contact avec Téhéran, et surtout ce qui me choque le plus: la circulation. Pas de code de la route apparent: personne, piétons et conducteurs, ne respecte les feux rouges, les passages piétons et les lignes blanches. Pourtant pas un klaxon: tout le monde semble zen, ce qui se sent aussi dans les magazins, et dans la langue qui coule comme de la crème. Déjeuner au bazar de Téhéran, qui n'a rien à voir avec celui d'Istanbul. Si il est grand, pas un touriste: ici on commerce vraiment, c'est là que se décide les cours de l'or, du tissu... Mais ça fourmille autant. Ali me propose d'aller voir une connaissance de son père qui vend des tapis. Ali a déjà vu le magazin. Quand le patron apprend que je suis français, nous allons dans son bureau, buvons le thé et discutons en anglais; puis il nous fait le tour des installations: jeunes filles (sans voile) en atelier faisant les dessins, entrepôts de tapis... immense tapis à 700 000 dollars, qui a pris 20 ans de fabrication. Le tapis est une tradition iranienne: 1/3 de la production de tapis mondiale a lieu en Iran. Toute salle possède ses tapis, même le bus possèdait un grand tapis persan le long de l'allée principale. Nous retournons au bazar et nous promenons, puis rejoignons le père, prenons en voiture la mère et la  fille qui parlent toutes les deux français, puis allons chez la grand-mère qui reçoit une partie de la famille. Là encore je suis reçu comme  un prince et apprend les règles de l'invité: je dois rester dans le salon et n'ai pas le droit de franchir la limite séparant le complexe chambre-cuisine-salle de bains; je me dois d'être assis sur le canapé; à chaque personne plus agée entrant, je dois me lever et saluer. Pas le droit de toucher au moindre ustentile de cuisine, comme d'ailleurs tous  les hommes: les femmes s'occupent de tout, en groupe. A table, c'est moi qui donne le départ du repas. De même, je dois me lever pour signifier la fin. Si cela ne choque pas à première vue, ce qui est étonnant est que ces règles sont appliquées à la règle, et sans Ali personne ne me l'aurait dit. Tout le séjour, je me bats pour mettre la table, essayer de faire la cuisine... mais apparemment ça les vexe plus qu'autre chose. Une grande partie de la famille est là; quelque chose d'interessant: les célibataires restent vivre chez leur mère jusqu'au mariage; l'oncle qui a la soixantaine, et la tante d'Ali, vivent chez la grand mère qui atteint les 80, dans une petite chambre chacun; mais ça ne semble pas les gener. Les patisseries iraniennes sont extraordinaires, retour tard à la maison d'Ali.
Le lendemain, nous allons, Ali et moi, marcher dans les montagnes. Nous prenons des taxis collectifs: la circulation est tellement intense qu'une fois prise dans le flot, une auto ne va plus où elle veut: il existe ainsi des taxis collectifs, qui font un trajet determiné par le chauffeur, et qui s'arrète sur le bord des avenues prendre des passagers jusqu'à ce que l'auto soit pleine. On tient à 7 à l'interieur, et on descend où l'on veut. Le prix de l'essence ici est de 7 centimes d'euro le litre. Impressionnant: l'état subventionne l'essence. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, l'Iran importe du pétrole: pas assez pour tout le monde. Autre chose impressionnante: toutes les voitures sont à peu près neuves (enfin, moins de 15 ans). Ca en dit long sur la santé économique du pays: j'ai remarqué, en voyageant à l'étranger, qu'on voyait la richesse d'une population à l'état de ses voitures. Autre fait étonnant: plein de Peugeot, quasiment que ça, avec les Paykan (marque iranienne). En fait, Peugeot possède une usine en Iran où elle ne fabrique que des carcasses d'autos. Le moteur des voitures est de marque iranienne.
 Téhéran est la ville la plus polluée du monde compte tenu de la circulation, et je le sens: nez pris par la poussière, mal de tête, ça pue le gaz carbonique...

La montagne au nord des Téhéran est une zone non fréquentée par la police: on y croise des gens torse nu, des femmes sans voile embrassant des jeunes hommes, on y joue aux cartes aux terasses de café... Lespaysages sont magnifiques, des gorges encaissées au fond desquelles courent des ruisseaux. Nous allons déjeuner chez la cousine d'Ali, qui a épousé un riche commerçant: piscine, piano et duplex dans les quartiers chics de Téhéran. Elle a deux enfants, et je balbutie du Farsi avec le plus agé. Nous déjeunons... du fast food à domicile. Hamburger (très bon !) et... bière sans alcool (de la limonade). Tour au bazar du quartier: j'achète un jeu vidéo à 3 euros (70 en France), une carte de téléphone internationale (une heure) à 2 euros. Le Rial, monnaie iranienne, à pour cours 110000 rials pour un euro, mais on compte en Tamans (10 rials). Nous dinons chez Ali et nous couchons tard: nous nous levons tôt le lendemain.
Un détail important: les iraniens appellent nos toilettes des "toilettes occidentales", et les toilettes à la turque juste "toilettes". Il n'y a pas de papier toilettes en Iran: on s'essuie avec la main et avec un jet d'eau à côté du trou. J'ai tenté: je me sens sale.
Lendemain: Nous partons pour l'aéroport. Arrivée 8h, l'avion décolle à 8h30, aucune formalité d'embarquement. L'avion est clean et on nous sert le petit déj; prix du billet: 29 euros, et c'est pas du low cost. Premiers français que nous croisons dans l'avion: immigrés iraniens. On en croisera plusieurs en groupe, on les voit de loin. Beaucoup de femmes seuls. Moi aussi on me voit de loin: on me parle en anglais. Nous atterrissons à Shiraz et prenons un taxi qui nous fait le tour des sites achéménides de la région. Tout d'abord Persagardae, la première capitale perse, où trône le tombeau de Cyrus; puis Persepolis et les sites autour: colonnes immenses, lions, gravures, tombeaux... C'est grandioses. Puis retour à Shiraz, nous logeons dans les locaux de fonction du ministère du commerce dans un appart spacieux. Nous faisons le tour des mausolées de Hafez et Sadi, deux des quatre piliers de la litterature perse (les deux autres étant Rumi et Ferdosi), enterrés à Shiraz. Ce sont des monstres sacrés du nationalisme perse, et ils sont très importants beaucoup pour Ali. Puis nous visitons le bazar et dinons en ville, nousn sommes l'attraction de tous les groupes de jeunes filles. Le lendemain matin, 8 heures de bus pour Isfahan. Nous arrivons à 18h. Nous visitons les palais, oasis de verdure au milieu du désert et du béton. Puis nous arrivons place Emam Khomeini. C'est extraordinaire: l'une des plus belles places que j'ai vu. Le bazar l'entoure totalement. L'ancien palais des schahs s'y élève sur une face, sur une autre deux immenses bulbes de faïence et de dorure se dressent. mosquées magnifiques, encore plus belles que les stambouliotes, carrelées jusqu'au plafond. Nous nous promenons dans le bazar, jusqu'à la mosquée Jameh qui date des Seldjuks, puis nous retournons diner sur les toits de la place Khomeini. Nous rencontrons alors le prof de Géologie de l'université Isfahan: il dit être le seul prof de l'université (enfin, de la sienne) à parler français, il a vécu quelques années à Grenoble. Il chante du Piaf, parle avec un accent rigolo. Il veut nous faire visiter Isfahan de nuit avec sa voiture, "une américaine automatique, une ford, très confortable et sûre". Nous allons jusqu'à la voiture, mais on ne voit aucune nouvelle voiture. "Vous pouvez pas vous trompez: je l'ai acheté à l'ambassade américaine, un peu avant la prise d'otages". Nous nous retrouvons devant une ford achetée il y a exactement 30 ans, celle de Nixon et Kennedy, aussi celle du film "Ghostbuster". On a le droit à un tour de manège. Nous voyons de nuit les deux ponts mythiques d'Ispahan, magnifiques, mélanges entre le Rialto de Venise et le pont St Charles de Prague. Puis nous prenons un bus à 1h du matin pour Téhéran, nous serons passés en coup de vent. La raison de cette précipitation est que le lendemain, mercredi, nous devons prendre un train en soirée de Téhéran pour Tabriz: une cousine d'Ali s'y marie. Le voyage est pénible: arrivés à Téhéran, nous dormons toute la matinée et le début d'après-midi. Derniers préparatifs de départ (j'ai pas de beaux vétements pour le mariage !) puis nous allons à la gare, où nous retrouvons une grande partie de la famille d'Ali.
Le train est le plus luxueux que je n'ai jamais connu: cabines à 4 avec lits dépliables, clim, télévision, prise éléctrique, eau, thé, gateaux et diner inclue dans le prix du billet. Le voyage est très agréable. Il faut dire que l'on ne souffre pas tant que ça de la chaleur en Iran. Il n'a jamais fait plus de 35-36 degrés, comme en France en été, et les soirées sont fraîches. Le soleil tape dur et il y a peu d'eau, mais si ce n'est les paysages desertiques, on ne se sent pas en plein desert. Ceci est sans doute dû à la hauteur (L'Iran est un grand plateau, en moyenne à 1500 mètres d'altitude). Nous arrivons au matin: nous logeons encore dans les apparts de fonction des ministères (agriculture cette fois). C'est là, dans la matinée, que je rédige cette partie.
par Alexis Licht publié dans : alexontheroad

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