L'économie iranienne est viable, malgré le taux de chomage plutot élevé, la croissance est forte. Ceci est du à la balance pétrolière: le pays exporte du pétrole brut (contrairement à ce que j'ai dit auparavant) en grande quantité, et importe de l'essence, et ça rapporte énormement: pas de trous dans le budget, et les services rendus à la population sont nombreux: prix de l'essence au litre subventionné (6 centimes d'euros !), téléphones publics gratuits pour la ville même, service de santé compétent. Si les iraniens se plaignent de "problèmes économiques", le pays est en cours d'enrichissement global (et pas seulement au profit d'une petite élite): les classes moyennes ont des voitures neuves, ont beaucoup de tapis et partent en vacances à l'étranger tous les ans, contrairement à il y a dix ans. Si on voit peu de touristes iraniens dans nos pays, c'est qu'ils sont difficilement acceptés; la demande de visa pour les iraniens ne pose pas de problème pour l'état iranien. Les seuls accords commerciaux avec la CEE sont en discussion et sont au centre du problème nucléaire. Le réseau ferré est peu developpé et relie que 5-6 villes, spécialement Mashad qui est un lieu de pélerinage important pour les chiites.
Point de vue politique étrangère, c'est un autre problème. Israel et les USA sont vraiment les ennemis ouvert du régime, et dans une moindre mesure le Royaume uni. On trouve partout en vente des bouquins de propagande anti-USA. Pourtant, les Iraniens se sentent perses avant d'être musulmans. Le nationalisme perse est vraiment très fort, et qualifier un iranien "d'arabe" est insultant. La haine de l'arabe est elle aussi très forte, car il est ressenti comme le vieil envahisseur qui a détruit la culture perse (les arabes ayant détruit le deuxième empire perse, les Sassanides). La rancune est vieille mais présente, et elle dépasse la querelle sunnisme-chiisme. Les Chiites iraniens n'ont apparemment pas de haine contre les sunnites, mais la haine sunnite contre l'iranien est forte: les talibans tuaient à vue les iraniens (et ont d'ailleurs massacré tout le personnel d'ambassade). Les iraniens se sentent comme un peuple au passé glorieux, aux grandes lettres (poètes musulmans renommés): une sorte de fleur de la civilisation musulmanne; ils dénigrent ainsi les peuples arabes. Pourtant, ce rejet de l'arabe est supplanté par la haine du juif. L'existence de l'état israelien est senti comme une humiliation permanente, les juifs sont considerés comme des occupants sur le territoire islamique. Israel n'est pas reconnu comme état par l'Iran, pas d'ambassade, et sur les cartes, un seul gros pays: la Palestine, ayant pour capitale Jerusalem. Pour les USA, ce n'est pas le même problème. Il n'y a absolument pas de conflit occident contre orient; les Iraniens aiment la civilisation occidentale, respectent la chrétienté et nos coutumes. Ce qui n'est pas supporté, c'est la politique d'ingérence américaine au Moyen Orient, tout d'abord pour son soutien à Israel, mais aussi pour sa politique irakienne (depuis la guerre Iran-Irak). Mais là, il s'agit d'une haine envers le gouvernement américain. Je pense que la population fait la distinction entre le citoyen solitaire et son gouvernement, et un américain serait reçu comme moi. Pour les juifs, je suis moins sûr. Je me suis déclaré chrétien à toutes les personnes qui me demandaient ma confession, proches y compris. La non-religiosité est mal perçue.
Quant au système gouvernemental, tyrannique et ultra-religieux, il est detesté de la population, a une très grande majorité. Mais comme je l'ai fait remarquer auparavant, il y a une grande distance entre les lois votés et leur application. Si l'état est sensé être ultra-religieux, et les lois très conservatrices, la réalité de la rue est toute autre et les moeurs se libèrent peu à peu. La principale peur vient du nouveau président, qui pourrait changer les choses et rétablir l'état de droit religieux. Pourquoi ce gouffre entre la population et le régime n'a t'il toujours pas fait exploser le système ? Car nous sommes dans une période d'inter-génération; les plus de trente ans ont vécu sous le Schah et ne veulent plus revivre ça; mais ils sont des désabusés de la révolution: vu la tournure de la première, ils ne veulent se risquer à une autre. La jeune génération, si elle vit très mal le régime, est perdue: politiquement, comme l'ancienne génération, car si elle est sûre qu'elle ne veut pas le régime actuel, ne sait pas ce qu'elle voudrait à la place, et on ne peut se risquer à la révolte sans projets. Religieusement, car les jeunes cherchent la différence entre l'Islam du Coran, et celle préchée par le gouvernement, et si ils savent qu'elle existe, ne la trouvent pas forcement.
Point de vue politique étrangère, c'est un autre problème. Israel et les USA sont vraiment les ennemis ouvert du régime, et dans une moindre mesure le Royaume uni. On trouve partout en vente des bouquins de propagande anti-USA. Pourtant, les Iraniens se sentent perses avant d'être musulmans. Le nationalisme perse est vraiment très fort, et qualifier un iranien "d'arabe" est insultant. La haine de l'arabe est elle aussi très forte, car il est ressenti comme le vieil envahisseur qui a détruit la culture perse (les arabes ayant détruit le deuxième empire perse, les Sassanides). La rancune est vieille mais présente, et elle dépasse la querelle sunnisme-chiisme. Les Chiites iraniens n'ont apparemment pas de haine contre les sunnites, mais la haine sunnite contre l'iranien est forte: les talibans tuaient à vue les iraniens (et ont d'ailleurs massacré tout le personnel d'ambassade). Les iraniens se sentent comme un peuple au passé glorieux, aux grandes lettres (poètes musulmans renommés): une sorte de fleur de la civilisation musulmanne; ils dénigrent ainsi les peuples arabes. Pourtant, ce rejet de l'arabe est supplanté par la haine du juif. L'existence de l'état israelien est senti comme une humiliation permanente, les juifs sont considerés comme des occupants sur le territoire islamique. Israel n'est pas reconnu comme état par l'Iran, pas d'ambassade, et sur les cartes, un seul gros pays: la Palestine, ayant pour capitale Jerusalem. Pour les USA, ce n'est pas le même problème. Il n'y a absolument pas de conflit occident contre orient; les Iraniens aiment la civilisation occidentale, respectent la chrétienté et nos coutumes. Ce qui n'est pas supporté, c'est la politique d'ingérence américaine au Moyen Orient, tout d'abord pour son soutien à Israel, mais aussi pour sa politique irakienne (depuis la guerre Iran-Irak). Mais là, il s'agit d'une haine envers le gouvernement américain. Je pense que la population fait la distinction entre le citoyen solitaire et son gouvernement, et un américain serait reçu comme moi. Pour les juifs, je suis moins sûr. Je me suis déclaré chrétien à toutes les personnes qui me demandaient ma confession, proches y compris. La non-religiosité est mal perçue.
Quant au système gouvernemental, tyrannique et ultra-religieux, il est detesté de la population, a une très grande majorité. Mais comme je l'ai fait remarquer auparavant, il y a une grande distance entre les lois votés et leur application. Si l'état est sensé être ultra-religieux, et les lois très conservatrices, la réalité de la rue est toute autre et les moeurs se libèrent peu à peu. La principale peur vient du nouveau président, qui pourrait changer les choses et rétablir l'état de droit religieux. Pourquoi ce gouffre entre la population et le régime n'a t'il toujours pas fait exploser le système ? Car nous sommes dans une période d'inter-génération; les plus de trente ans ont vécu sous le Schah et ne veulent plus revivre ça; mais ils sont des désabusés de la révolution: vu la tournure de la première, ils ne veulent se risquer à une autre. La jeune génération, si elle vit très mal le régime, est perdue: politiquement, comme l'ancienne génération, car si elle est sûre qu'elle ne veut pas le régime actuel, ne sait pas ce qu'elle voudrait à la place, et on ne peut se risquer à la révolte sans projets. Religieusement, car les jeunes cherchent la différence entre l'Islam du Coran, et celle préchée par le gouvernement, et si ils savent qu'elle existe, ne la trouvent pas forcement.
par Alexis Licht
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